Enfance violée
J'avais six ans. Maman avait quitté papa, mais avec mon frère et ma soeur, nous allions tous les jeudis chez ma grand mère maternelle (car à cette époque c'était le jour sans école). Elle avait un voisin, un artisan respecté de tous, père de famille....
J'ai longtemps occulté dans ma mèmoire ces instants de ma jeunesse. Je me sentais coupable et non victime pour ce que cet homme respecté mais non respectable m'avait fait subir....
Et à partir de là rien ne fut plus pareil
Mon enfance se levait sur un autre jour
Il était loin de moi le pays des merveilles
J'ai cessé de rêver, j'étais sale pour toujours.
c'était le jeudi, nous n'avions pas école
Mes cheveux blonds dansaient sous la corde à sauter
je traçais des marelles, jouais à pigeon vole
Sous le soleil de mai, mon rire s'égrenait.
Il était le voisin, l'homme respecté de tous
Il avait réussi à force de travailler
Il aimait mes yeux clairs, mon rire et ma peau douce
Me donnait des bonbons et me faisait danser.
Je pleurais sous mes draps, murée dans mon silence
J'occultais les moments où il m'avait touchée
J'ai troué ma mémoire, mon enfance d'absences
Je me sentais souillée, je voulais oublier.
Combien de souvenirs qu'il soient bons ou mauvais
Ai-je rayés de ma tête pour ne plus y penser
J'ai grandi mais si seule, ce poids au fond de moi
il a fallu du temps avant que de vive voix.
J'exprime ma souffrance, mon enfance violée
Mes nuits de cauchemards, les échecs de ma vie
La peur de faire confiance, la crainte de me donner
Ce sentiment confus d'être coupable et meurtrie.
J'ai appris que cet homme était mort sans être inquiété
J'aurais aimé aller vers lui et lui cracher ma peine
J'aurais aimé trouver les mots pour le supplicier
Pour enfin repartir soulagée et dans haine.
Mais puisqu'il ne m'a pas été donné de le dire
De guérir mon coeur et mon corps outragés
C'est à moi qu'il faudra jusqu'au dernier soupir
Porter le poids du mal que cet homme m'a fait.
Par ame-caline, Vendredi 7 Decembre 2007 à 23:21 GMT+2 dans POEMES (article, RSS)






